vendredi 14 janvier 2011

Quelle comédie!

J’imaginais ma gorge serrée, le manque de salive, la difficulté d’articuler... Ils s’apercevraient que j’étais tendue, ce serait affreux. Ils réclameraient leurs profs du premier trimestre à corps et à cris. Combien de temps cela me prendrait-il pour être à mon aise ? Voilà ce dont je tremblais. C’est simple, je serais l’ombre de moi-même.
Au moment venu de rentrer sur scène – plutôt l’estrade – mon trac a disparu. Tout a marché comme sur des roulettes et quand le rideau est tombé, j’étais vraiment satisfaite. Ce n’est donc pas demain que je ferais mes adieux !

jeudi 13 janvier 2011

Vivement demain!

Un excellent film: The King’s speech de Tom Hooper
Une chouette soirée avec une amie
Un bon dîner au restaurant
Une tête pleine d’agréables souvenirs
N’empêchent pas de se sentir comme un frêle petit mouton le jour de la rentrée...

mercredi 12 janvier 2011

Paris 1 (d)

Last but not least
La dernière étape, la plus belle, la plus attendue
La corne d'abondance, la lyre, la palette, le globe
Les murs ne mentaient pas
Derrière moi, dans la file d’attente avant l’entrée sous la pyramide, deux femmes s’étonnaient de devoir passer par là. Elles étaient restées au temps où l’entrée se faisait aile Vivant Denon, avant la construction de la pyramide en 1993. Elles n’étaient pas revenues au Louvre depuis et j’avais envie de leur demander ce qui les menait là.
Quand je suis dans le coin, je jette toujours un coup d’oeil à l’aile Vivant Denon : je me revois lors de ma première visite. J’avais 17 ans et un sweat-shirt vert pomme. Je me souviens que l’entrée donnait directement sur la galerie égyptienne. Je revois encore ces deux majestueux sphinx de granit qui nous accueillaient. Nous n’étions que quelques-uns à attendre l’ouverture des portes. C’est gravé dans ma mémoire.
Mon coeur battait la chamade quand j’ai pris cette photo: je venais de grimper le satané escalier Henri IV à la recherche de l’exposition mise en scène par Patrice Chéreau (juxtapositions de tableaux de divers artistes d’époques différentes et de photos de Nan Goldin... splendide). Le soir tombait sur la Cour Carrée. Les couleurs semblaient se fondre entre elles. Bientôt, il ferait à peine nuit, je serais dans le 48 en direction de la  Gare du Nord et de Londres. Je serais fourbue, les pieds en compote, mais aux anges après une journée si bien remplie !

mardi 11 janvier 2011

Paris 1 (c)

Bon, me voilà arrivée. J’avais envie de me précipiter vers la pyramide ! Mais j'ai retenu les brides de mon char...
J’ai rongé mon frein en m'attardant dans le coin sous le regard impassible mais plein de grandeur de Louis XIV.
C’est vrai qu’en face se trouve la célèbre église Saint-Germain-l’Auxerrois dont je ne m’étais jamais approchée. Allons y jeter un oeil histoire de rendre la visite au Louvre encore plus excitante!
Si j’avais fait mes devoirs, j’aurais consulté le Tableau historique et pittoresque de Paris dans lequel j’aurais lu que « Le dernier personnage remarquable qui ait été inhumé dans cette église est le comte de Caylus, célèbre par son amour pour les arts et pour l'antiquité. En raison de ce goût et des travaux auxquels il s'était livré toute sa vie pour en pénétrer les obscurités, on lui avait élevé un monument composé d'un cénotaphe antique en porphyre, lequel était surmonté de son buste. Il mourut en I765. »
Me connaissant j’aurais fait des recherches sur Anne-Claude-Philippe de Tubières de Grimoard de Pestels de Lévis, comte de Caylus et j’aurais été intriguée par la méchante épitaphe de Diderot à son sujet :

Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque :
Oh ! qu’il est bien logé dans cette cruche étrusque.
Je savais pourtant qu’il était l'un des piliers de La société du bout du banc, le salon littéraire de Mlle Quinault, et que Madame de Graffigny disait de lui qu’il dînait partout « à une heure : si on ne veut pas s’y soumettre, il ne querelle point, mais il n’y retourne plus. » Mais Caylus était à cent lieues de mes pensées...

Le temps virait vraiment au beau et le fameux redoux dont on nous rebattait les oreilles depuis une semaine était enfin là... J’ai retraversé la rue en direction de la Cour Carrée. Je ne savais pas que j’allais justement voir la « cruche étrusque » dont se moque Diderot en visitant l’exposition L’Antiquité rêvée, exposée à deux pas de sa première destination ! J’imagine ma stupéfaction si j’avais su tout cela avant...!!

lundi 10 janvier 2011

Paris 1 (b)

Aujourd’hui, quand je voyage, j’aime bien partir organisée. Je ne me vois pas débarquer gare du Nord et me gratter la tête en me demandant quelle direction prendre, et comment occuper ces précieuses minutes qui s’écoulent irrémédiablement. On pourrait m’objecter la beauté de l’imprévu, les incroyables découvertes que l’on fait en se promenant le nez au vent, cette terrible course à la montre qu’il faudrait décélérer le temps des vacances...
Soit. Mais j’aime bien me promener quand je sais, qu’au bout de la balade, il y a un but, un lieu où je pourrais m’épanouir, passer de longues heures sans consulter ma montre. Cette fois-ci je suivais le quai des Célestins en direction du Louvre, que l’on distingue au fond de la photo.
Alors je ne traverserais pas la Seine pour voir Notre-Dame même s’il suffisait de bifurquer au prochain pont. Je n’irais pas non plus faire un tour du côté de Beaubourg dont j’apercevais les tuyaux bleu, vert et rouge. Quel supplice de Tantale !
Mais ce n’étaient que de minimes frustrations comparées à ce que j’allais voir et apprendre du côté du Louvre.
« Dans la vie on gagne, on perd ! » dit un personnage de Ten, un film d’Abbas Kiarostami vu la veille. Je me répétais cela, tout en marchant. Ça me faisait rire, parce que je ne perdais rien du tout, au contraire, et plus j’approchais du Louvre, plus je réalisais la chance que j’avais.

En ce lundi, jour de mini-reprise, je me souviens de tous les serments que je me suis tenus en suivant le cours de la Seine jusqu’à la colonnade du Louvre, juste avant de me laisser entraîner par le tourbillon de la visite : que ce soit rive gauche ou rive droite, l’essentiel est de prendre la vie du bon côté !

dimanche 9 janvier 2011

Paris 1 (a)

La colonne de Juillet
Place de la Bastille
Je devais avoir l’air assuré pour qu’on me demande, rue du Faubourg St Denis (qui longe la Gare du Nord), si le nº350 passait par là. Je n’en savais rien.  Ah ! si seulement on m’avait questionnée sur le nº65, j’aurais pu répondre qu’il allait à Bastille en passant par République et que son terminus était Gare de Lyon. Mais avant de trouver son arrêt sous une pluie battante, je verrais passer plusieurs 350, beau pied de nez de la RATP ! Le temps d’un court trajet en bus, le temps de repérer sur la carte le boulevard Henri IV et la rue de Sully, la pluie s’est arrêtée de tomber pour la journée. Cette passante avait dû replier son parapluie quand je suis arrivée, "midi sonnant" , devant la porte de la Bibliothèque de l’Arsenal pour l’exposition La Bastille ou « L’enfer des vivants », pile dans mes intérêts du moment.
L’exposition - on y est accueillis par le bourdon de la Bastille – se tient dans une enfilade de pièces assez étranges, qui avaient perdu leurs ors d’antan : la peinture bleuâtre des murs s’écaillait, les portes étaient surmontées de tableaux dont les scènes champêtres se distinguaient à peine tellement leurs couleurs avaient pâli. On aurait dit que ce décor, délavé, avait été laissé en l’état depuis la mort du marquis Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson en 1787. J’aime le bruit que faisaient les pas des visiteurs sur le parquet. Ce crissement, quand  je l’entends, m’indique que je visite une exposition dans un vieux palais, donc que je suis heureuse. Une porte « interdit au public » s’entrebâillait parfois laissant deviner des salles pimpantes... Qu’importe, les nôtres, dans leur lumière tamisée, rayonnaient par les trésors historiques qu’elles contenaient: j’ai encore du mal à croire que j’ai vu les effets de ce pauvre Damiens qui tenta d’assassiner Louis XV et ne fit que l’égratigner... Il le paya très chèrement. Mais ce que j’ai le plus dévoré des yeux – mis à part le croquignolet portrait de Voltaire - ce sont les documents récupérés dans le fossé après la prise de la Bastille, couverts de boue, parmi lesquels on trouve des plumes d’oiseau...


« Mon fils, dit-il, la cour sait vos mérites;
On prise fort les bons mots que vous dites,
Vos petits vers, et vos galants écrits; 
Et, comme ici tout travail a son prix, 
Le roi, mon fils, plein de reconnaissance, 
Veut de vos soins vous donner récompense, 
Et vous accorde, en dépit des rivaux, 
Un logement dans un de ses châteaux. (...)
« Allons, mon fils, marchons. » Fallut se rendre, 
Fallut partir. Je fus bientôt conduit 
En coche clos vers le royal réduit 
Que près Saint-Paul ont vu bâtir nos pères 
Par Charles Cinq. O gens de bien, mes frères, 
Que Dieu vous gard’ d’un pareil logement! 
J’arrive enfin dans mon appartement. 
Certain croquant avec douce manière 
Du nouveau gîte exaltait les beautés, 
Perfections, aises, commodités. 
« Jamais Phébus, dit-il, dans sa carrière, 
De ses rayons n’y porta la lumière: 
Voyez ces murs de dix pieds d’épaisseur, 
Vous y serez avec plus de fraîcheur. » 
Puis me faisant admirer la clôture, 
Triple la porte et triple la serrure, 
Grilles, verrous, barreaux de tout côté: 
« C’est, me dit-il, pour votre sûreté. »  
   Midi sonnant, un chaudeau l’on m’apporte; 
La chère n’est délicate ni forte: 
De ce beau mets je n’étais point tenté; 
Mais on me dit: « C’est pour votre santé; 
Mangez en paix, ici rien ne vous presse. »
   Me voici donc en ce lieu de détresse, 
Embastillé, logé fort à l’étroit, 
Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid, 
Trahi de tous, même de ma maîtresse. 

La Bastille de Voltaire (1717)

samedi 8 janvier 2011

Partir pour mieux revenir

Que dire, à part que c’était vraiment bien. Que c’était juste ce qu’il me fallait avant la reprise. Dans ces voyages d’un jour, il y a trois sensations que j’adore.
De l’arrivée à St Pancras International (comme le dit depuis peu la voix automatique dans le bus), en passant par les contrôles douaniers, la salle d’attente, jusqu’à la montée dans le train : je n’ai pas de bagage mais je suis entourée de voyageurs qui trimballent de lourdes valises. Cela déteint sur moi et j’ai l’impression que je vais faire un voyage au long cours. Ça détend.
A un moment de la journée, l’idée que le soir-même je serai à Londres, va me surprendre et me donner le vertige. Londres va me paraître à l’autre bout du monde. Là je suis au Louvre et dans quelques heures je serai chez moi. Ça me paraît impossible. Ça me fait peur de ne pas pouvoir y arriver, comme si je devais y aller à pied ou partir instamment à la gare pour ne pas rater mon train. Et puis je me replonge dans le moment présent.
Et de retour à Londres, quand le bus me ramène chez moi, et que je me demande si des choses ont changé, et que je dois me dire : mais je ne suis partie qu’une journée, c’est vrai ! Et Paris me semble à l’autre bout de la terre. Mais là je me dis que c’est vraiment si simple d’y aller et si exceptionnel aussi qu’il ne faut vraiment pas bouder ce plaisir!