mardi 18 janvier 2011

La traversée de l’hiver (2)

Les premiers qui eurent gravi jusqu'au sommet aperçurent la mer et jetèrent de grands cris : ils furent entendus de Xénophon et de l'arrière‑garde. On y crut que de nouveaux ennemis attaquaient la tête de la colonne (...). Les cris s'augmentèrent et se rapprochèrent,  car de nouveaux soldats se joignaient sans cesse en courant à ceux qui criaient. Leur nombre augmentant, le bruit redoublait, et Xénophon crut qu'il ne s'agissait pas d'une bagatelle. Il monta à cheval, (...) et courut le long du flanc de la colonne pour amener du secours : il distingua bientôt que les soldats criaient la mer, la mer, et se félicitaient les uns les autres, alors arrière‑garde, équipages, cavaliers, tout courut au sommet de la montagne. Quand tous les Grecs y furent arrivés, ils s'embrassèrent, ils sautèrent au cou de leurs généraux et de leurs chefs, les larmes aux yeux.

Anabase (IV) de Xénophon
Moi je crierai « Thalassa ! Thalassa ! » début mars, en sortant de l’expo Afghanistan au British Museum (qui ouvrira le 3). Je m’imagine déjà me frottant les mains car ce que ne faisais qu'entr'apercevoir, et qui me  paraît encore si loin et inatteignable aujourd’hui, commencera à dévoiler ses charmes.
Combien de palissades il aura fallu escalader, et de branches écarter, pour se retrouver sur les bords de la Seine !  C’est pour toutes les bonnes choses qui m’attendent que j’ai hâte de me jeter dans la mêlée...

lundi 17 janvier 2011

La traversée de l’hiver (1)

Ça y’est, Noël, le Nouvel An, la galette des rois, les escapades parisiennes, tout ça, c’est derrière. Il faut aller tout droit devant en faisant tout pour garder la tête hors de l’eau. J’ai bon espoir !
Car au bout du chemin...
Je devrais dire « tout au long du chemin », il va y avoir – entre autres - plein de films excitants (4 avant même la fin de ce mois-ci !), la sortie du tome 2 des Années Douces de Taniguchi, Jan Gossaert à la National Gallery, une expo sur l’Afghanistan au British Museum... De quoi reléguer aux oubliettes de la mémoire toutes les réunions et les corrections du monde !

dimanche 16 janvier 2011

Au mois doux

En ouvrant les yeux, et l’espace d’un moment, j’ai cru que nous étions au mois de mai, et ce n’est pas pour la couleur du ciel que je ne connaissais pas encore – lui non plus car il hésite entre le bleu, le gris et le noir. Une sensation bulle de savon qui menaçait d’éclater et de se disperser trop vite, alors je suis restée immobile pour la savourer. Bonne manière de débuter un dimanche studieux !

samedi 15 janvier 2011

Photogénie

Tokyo
Je le répète: l’Eau est égale au temps et procure à la beauté son double. En partie eau, nous servons la beauté de la même manière. En se frottant à l’eau, cette ville améliore l’allure du temps, embellit l’avenir. Parce que cette ville est immobile alors que nous sommes en mouvement. La larme en est la preuve. Parce que nous allons et que la beauté reste. Parce que nous sommes tournés vers l’avenir alors que la beauté est un éternel présent. La larme est une tentative pour demeurer, rester en arrière, se fondre avec la ville. Mais c’est contre les règles. La larme est un retour, un hommage de l’avenir au passé. Ou bien c’est ce que l’on obtient quand on soustrait le plus grand du plus petit : la beauté de l’homme. Il en va de même de l’amour parce que notre amour, lui aussi, est plus grand que nous.

Acqua Alta de Joseph Brodsky (Gallimard, 1992)


Tours
Hier soir j’ai regardé A room and half de Andreï Khzhanovsky sur la vie de Joseph Brodsky. C’est un film magnifique, inventif, extraordinaire et surtout extrêmement émouvant. J’ai pleuré comme une fontaine.

Kyoto
Le film est si beau, si ingénieux, si magistral, que rien que pour ça, j’y serais allée de ma petite larme, de toute façon. Sans compter l’histoire qui est poignante. Et puis Joseph Brodsky, poète, Prix Nobel de Littérature, né en 1940, est mort très jeune, en 1996. Mais si les grandes eaux se sont déclanchées, c’est parce que le film m’a replongée au début des années 1990, quand j’apprenais le russe encore. J’étais tombée par hasard sur une interview de Joseph Brodsky dans The Paris Review, une revue littéraire américaine, illustrée par une photo en noir et blanc représentant le poète à sa table de travail, dans un bureau baignant dans un désordre indescriptible. Il y avait quelque chose dans cet article et surtout dans la photo qui m’avait vraiment impressionnée, je ne saurais dire quoi. A l’époque il y avait régulièrement des poèmes de Brodsky dans le Times Literary Supplement, et j’ai gardé – je dois l’avoir quelque part – le poème qui lui rendait hommage après sa mort.
Londres
C’était toute une époque pour laquelle je n’éprouve aucune nostalgie, mais y penser m’émeut étrangement. J’étais passionnée par sa poésie, et à travers elle je m’étais intéressée à Anna Akhmatova, à Marina Tsvetaïva, et à tant d’autres poètes russes que je lisais directement en russe... Si ce n’était pour mes yeux gonflés qui me donnent l’air d’un batracien, ça me plaît de penser que, comme l’écrit Joseph Brodsky, mes larmes d’aujourd’hui rendent hommage à mon passé!

C’est de Venise en hiver - le grand amour de l'oeil - dont parle Joseph Brodsky dans son livre, mais parfois j’ai l’impression qu’il s’agit de Tokyo.

vendredi 14 janvier 2011

Quelle comédie!

J’imaginais ma gorge serrée, le manque de salive, la difficulté d’articuler... Ils s’apercevraient que j’étais tendue, ce serait affreux. Ils réclameraient leurs profs du premier trimestre à corps et à cris. Combien de temps cela me prendrait-il pour être à mon aise ? Voilà ce dont je tremblais. C’est simple, je serais l’ombre de moi-même.
Au moment venu de rentrer sur scène – plutôt l’estrade – mon trac a disparu. Tout a marché comme sur des roulettes et quand le rideau est tombé, j’étais vraiment satisfaite. Ce n’est donc pas demain que je ferais mes adieux !

jeudi 13 janvier 2011

Vivement demain!

Un excellent film: The King’s speech de Tom Hooper
Une chouette soirée avec une amie
Un bon dîner au restaurant
Une tête pleine d’agréables souvenirs
N’empêchent pas de se sentir comme un frêle petit mouton le jour de la rentrée...

mercredi 12 janvier 2011

Paris 1 (d)

Last but not least
La dernière étape, la plus belle, la plus attendue
La corne d'abondance, la lyre, la palette, le globe
Les murs ne mentaient pas
Derrière moi, dans la file d’attente avant l’entrée sous la pyramide, deux femmes s’étonnaient de devoir passer par là. Elles étaient restées au temps où l’entrée se faisait aile Vivant Denon, avant la construction de la pyramide en 1993. Elles n’étaient pas revenues au Louvre depuis et j’avais envie de leur demander ce qui les menait là.
Quand je suis dans le coin, je jette toujours un coup d’oeil à l’aile Vivant Denon : je me revois lors de ma première visite. J’avais 17 ans et un sweat-shirt vert pomme. Je me souviens que l’entrée donnait directement sur la galerie égyptienne. Je revois encore ces deux majestueux sphinx de granit qui nous accueillaient. Nous n’étions que quelques-uns à attendre l’ouverture des portes. C’est gravé dans ma mémoire.
Mon coeur battait la chamade quand j’ai pris cette photo: je venais de grimper le satané escalier Henri IV à la recherche de l’exposition mise en scène par Patrice Chéreau (juxtapositions de tableaux de divers artistes d’époques différentes et de photos de Nan Goldin... splendide). Le soir tombait sur la Cour Carrée. Les couleurs semblaient se fondre entre elles. Bientôt, il ferait à peine nuit, je serais dans le 48 en direction de la  Gare du Nord et de Londres. Je serais fourbue, les pieds en compote, mais aux anges après une journée si bien remplie !