vendredi 21 janvier 2011

C'est ma fête!

Les Sainte Agnès se suivent et ne se ressemblent pas: ici et ici.
De quoi sera faite ma fête? De travail acharné. Et la capacité que j'ai, ces jours-ci, de prendre plaisir à noircir les pages de mon agenda de toutes sortes de rendez-vous et de réunions - comme pour mettre à l'épreuve ma bonne humeur - frise le masochisme.
Jamais je n'ai autant attendu un lendemain de fête!

jeudi 20 janvier 2011

4 fers en l'air

Cheval du Luristan, Iran
Ashmolean Museum - Oxford
Travail, turbin, pain sur la planche
Mes jeudis ne sont plus ce qu’ils étaient...
Vivement la semaine où ils seront quatre !

mercredi 19 janvier 2011

Formule pratique

Saint-Germain l'Auxerrois
« La vie est ailleurs », j’aime le titre du roman de Milan Kundera. Ces quatre mots sont très utiles pour prendre du recul face à un stress. Ils permettent de garder son intégrité, son calme, de se protéger.
C’est un vrai sésame qui ouvre la porte vers cet « ailleurs », et le temps d’imaginer où il se situe, ce qu’il représente, ça y’est, le recul est pris, la machine peut repartir.  
Hier je n’ai pas eu besoin de ces quatre mots, même si nous étions mardi, la journée honnie du trimestre dernier. L’ailleurs me parvenait sans leur aide. Par exemple, au moment où je m’en voulais de ne pas m’être préparé un sandwich en notant les files d’attente devant les sandwicheries du quartier – les employés n’ayant qu’une heure de pause sont prêts à vous écharper vif si vous hésitez, ne serait-ce qu’une seconde, sur le pain, sa garniture et son assaisonnement... et, pour les mêmes raisons, de l’autre côté du comptoir, les préposés aux sandwichs, de peur de perdre un client, survoltés, vous rudoient, vous traitent avec mépris...  – bref, au moment où je pensais que l’affreuse cantine et les écoeurants sandwichs tout préparés ne me disaient rien qui vaille et que j’étais condamnée à travailler toute une journée le ventre creux, un texto arrivait me souhaitant gentiment de « trouver un petit coin pour déjeuner ». Cela me décida aussitôt à acheter un mauvais sandwich. Je venais à peine d’en grignoter un morceau quand une invitation à dîner m’arriva comme pour me consoler de cette maigre pitance. Dorénavant je ferai mon propre pack lunch !
Le ciel était d’un bleu éclatant, comme ce matin. Il faisait penser aux mers du Sud. Et pour mettre de bonne humeur il suffit de penser au documentaire de la BBC sur le Pacifique Sud narré par Benedict Cumberbatch (alias Sherlock Holmes). La façon dont il commente les coutumes locales, la danse nuptiale des insectes, la chenille carnivore qui grignote les feuilles pour mieux attraper ses proies, l’accouplement des phoques, est très drôle.  

Il y a aussi autre chose qui me met de bonne humeur, c’est de penser aux journées trépidantes de H. Il aime à dire en riant : « J’ai toujours beaucoup travaillé, c’est vrai ! » Ce n’est pas un workaholic, son travail le passionne, c’est tout. Le matin, il met un point d’honneur à se lever tôt pour bouquiner, ensuite il travaille d’arrache-pied, il a pleins de réunions qu’il dirige, il doit se déplacer sans cesse dans le monde entier, mais il est si bien organisé qu’il a le temps d'avoir une vie sociale, de courir les expos, de voir tous les films qui sortent, d’aller à l’opéra, le soir il poursuit ses lectures... Moi je trouve que ça galvanise de savoir que de telles personnes existent ! Mais ce qui me fait le plus plaisir c’est quand je l’ai entendu dire, face à l’adversité : « Cela ne m’affecte pas tellement car la vie est ailleurs ».

mardi 18 janvier 2011

La traversée de l’hiver (2)

Les premiers qui eurent gravi jusqu'au sommet aperçurent la mer et jetèrent de grands cris : ils furent entendus de Xénophon et de l'arrière‑garde. On y crut que de nouveaux ennemis attaquaient la tête de la colonne (...). Les cris s'augmentèrent et se rapprochèrent,  car de nouveaux soldats se joignaient sans cesse en courant à ceux qui criaient. Leur nombre augmentant, le bruit redoublait, et Xénophon crut qu'il ne s'agissait pas d'une bagatelle. Il monta à cheval, (...) et courut le long du flanc de la colonne pour amener du secours : il distingua bientôt que les soldats criaient la mer, la mer, et se félicitaient les uns les autres, alors arrière‑garde, équipages, cavaliers, tout courut au sommet de la montagne. Quand tous les Grecs y furent arrivés, ils s'embrassèrent, ils sautèrent au cou de leurs généraux et de leurs chefs, les larmes aux yeux.

Anabase (IV) de Xénophon
Moi je crierai « Thalassa ! Thalassa ! » début mars, en sortant de l’expo Afghanistan au British Museum (qui ouvrira le 3). Je m’imagine déjà me frottant les mains car ce que ne faisais qu'entr'apercevoir, et qui me  paraît encore si loin et inatteignable aujourd’hui, commencera à dévoiler ses charmes.
Combien de palissades il aura fallu escalader, et de branches écarter, pour se retrouver sur les bords de la Seine !  C’est pour toutes les bonnes choses qui m’attendent que j’ai hâte de me jeter dans la mêlée...

lundi 17 janvier 2011

La traversée de l’hiver (1)

Ça y’est, Noël, le Nouvel An, la galette des rois, les escapades parisiennes, tout ça, c’est derrière. Il faut aller tout droit devant en faisant tout pour garder la tête hors de l’eau. J’ai bon espoir !
Car au bout du chemin...
Je devrais dire « tout au long du chemin », il va y avoir – entre autres - plein de films excitants (4 avant même la fin de ce mois-ci !), la sortie du tome 2 des Années Douces de Taniguchi, Jan Gossaert à la National Gallery, une expo sur l’Afghanistan au British Museum... De quoi reléguer aux oubliettes de la mémoire toutes les réunions et les corrections du monde !

dimanche 16 janvier 2011

Au mois doux

En ouvrant les yeux, et l’espace d’un moment, j’ai cru que nous étions au mois de mai, et ce n’est pas pour la couleur du ciel que je ne connaissais pas encore – lui non plus car il hésite entre le bleu, le gris et le noir. Une sensation bulle de savon qui menaçait d’éclater et de se disperser trop vite, alors je suis restée immobile pour la savourer. Bonne manière de débuter un dimanche studieux !

samedi 15 janvier 2011

Photogénie

Tokyo
Je le répète: l’Eau est égale au temps et procure à la beauté son double. En partie eau, nous servons la beauté de la même manière. En se frottant à l’eau, cette ville améliore l’allure du temps, embellit l’avenir. Parce que cette ville est immobile alors que nous sommes en mouvement. La larme en est la preuve. Parce que nous allons et que la beauté reste. Parce que nous sommes tournés vers l’avenir alors que la beauté est un éternel présent. La larme est une tentative pour demeurer, rester en arrière, se fondre avec la ville. Mais c’est contre les règles. La larme est un retour, un hommage de l’avenir au passé. Ou bien c’est ce que l’on obtient quand on soustrait le plus grand du plus petit : la beauté de l’homme. Il en va de même de l’amour parce que notre amour, lui aussi, est plus grand que nous.

Acqua Alta de Joseph Brodsky (Gallimard, 1992)


Tours
Hier soir j’ai regardé A room and half de Andreï Khzhanovsky sur la vie de Joseph Brodsky. C’est un film magnifique, inventif, extraordinaire et surtout extrêmement émouvant. J’ai pleuré comme une fontaine.

Kyoto
Le film est si beau, si ingénieux, si magistral, que rien que pour ça, j’y serais allée de ma petite larme, de toute façon. Sans compter l’histoire qui est poignante. Et puis Joseph Brodsky, poète, Prix Nobel de Littérature, né en 1940, est mort très jeune, en 1996. Mais si les grandes eaux se sont déclanchées, c’est parce que le film m’a replongée au début des années 1990, quand j’apprenais le russe encore. J’étais tombée par hasard sur une interview de Joseph Brodsky dans The Paris Review, une revue littéraire américaine, illustrée par une photo en noir et blanc représentant le poète à sa table de travail, dans un bureau baignant dans un désordre indescriptible. Il y avait quelque chose dans cet article et surtout dans la photo qui m’avait vraiment impressionnée, je ne saurais dire quoi. A l’époque il y avait régulièrement des poèmes de Brodsky dans le Times Literary Supplement, et j’ai gardé – je dois l’avoir quelque part – le poème qui lui rendait hommage après sa mort.
Londres
C’était toute une époque pour laquelle je n’éprouve aucune nostalgie, mais y penser m’émeut étrangement. J’étais passionnée par sa poésie, et à travers elle je m’étais intéressée à Anna Akhmatova, à Marina Tsvetaïva, et à tant d’autres poètes russes que je lisais directement en russe... Si ce n’était pour mes yeux gonflés qui me donnent l’air d’un batracien, ça me plaît de penser que, comme l’écrit Joseph Brodsky, mes larmes d’aujourd’hui rendent hommage à mon passé!

C’est de Venise en hiver - le grand amour de l'oeil - dont parle Joseph Brodsky dans son livre, mais parfois j’ai l’impression qu’il s’agit de Tokyo.