mardi 22 février 2011

Mads & Lars

En ce moment, sur BBC4, on peut voir Forbrydelsen (The Killing), une formidable série criminelle danoise. Je n’ai jamais entendu de langue plus extraordinaire que le danois. Comme l’énigme est haletante j’oublie que je lis des sous-titres, mais il suffit que je détourne une demi seconde les yeux de l’écran pour que la langue danoise « de bric et de broc » me dégringole dans les oreilles. Ça me fait à chaque fois l’effet d’un cataclysme. Pendant l’heure qui suit les épisodes hebdomadaires, je me surprends à prononcer des mots entendus dans le feuilleton, surtout des noms propres comme « Pernille » (le nom d’un personnage féminin, prononcé « perniiiiiiye ») et surtout celui du politicien Troels Hartman : « Trouls Harrrrttttman ». Il est beau Trouls ! Dans la vie il s’appelle Lars Mikkelsen et il a la chance d’être le frère de Mads Mikkelsen. J’aime Mads Mikkelsen dans les films de la danoise Susanne Bier Elsker dig for evigt (Open hearts) et Efter brylluppet (After the Wedding). J’espère qu’en danois wedding ne se dit pas brylluppet, ce serait trop drôle !  

PS: Le Monde a gentiment mis sur son site aujourd’hui un document sur le marché aux poissons de Tsukiji dont je parlais la semaine dernière :  ici

J’aime The Killing parce qu’il est impossible de savoir qui a fait le coup. L’enquête qu’essayent de résoudre les deux détectives - qui sont eux-mêmes à couteaux tirés – est souvent au point mort et la façon dont elle est relancée est toujours ingénieuse. On se rend compte que la politique danoise n’a rien à envier à la française, c’est un peu le même panier de crabes – ça me donne envie d’en savoir plus. Et les questions de société sont vraiment proches des nôtres. Sur la table du conseil lors des réunions de Troels, il y a pleins de petits pains, de brioches, de danish pastries... que personne ne touche et ça me met l’eau à la bouche !

lundi 21 février 2011

Les divines et profondes harmonies possibles

Adieu, épine dans le pied ! Vie, reprends ton cours. J’ai fait tout ce que j’ai pu et, ce matin j’ai dit : basta ! Maintenant il me reste à présenter le fruit de mes cogitations (vendredi prochain), et c’est tout.
J’ai appris tant de choses en faisant ce travail ! Plus ça allait, plus je me disais que je ne savais rien. Un peu comme ces gens qui vont essayer un nouveau maillot de bain et s’en veulent de s’être goinfrés de pizza pendant toute l’année. Je m’en suis voulu d’avoir (parfois) perdu mon temps alors qu’il y a tant de choses à apprendre, des choses magnifiques...
« Il faut se dépêcher de s’en gaver de rêves pour traverser la vie, qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes. » (Louis Ferdinand Céline)
J’ai envie de pleins de choses maintenant, j’ai envie de me gaver de lectures, de romans et d’essais, je veux toujours avoir un livre à la main, et prendre des notes, me remettre à lire en espagnol, revoir les films de Fellini et de Visconti... Je veux me balader et prendre des photos, m’asseoir sur un banc et bêtement lire. Oui, tout bêtement. Et j’ai envie d’aller manger un cup cake à la noix de coco à Covent Garden.
Je me sens libre comme l’air.
Cela aurait peut-être bien de me lever de mon fauteuil avec l’envie folle de faire du sport, mais ce n’est pas encore pour demain !

dimanche 20 février 2011

Remue-méninges

L’hiver cependant finissait ; la belle saison revint, et souvent, comme Albertine venait seulement de me dire bonsoir, ma chambre, mes rideaux, le mur au-dessus des rideaux étant encore tout noirs, dans le jardin des religieuses voisines j’entendais, riche et précieuse dans le silence comme un harmonium d’église, la modulation d’un oiseau inconnu qui, sur le mode lydien, chantait déjà matines, et au milieu de mes ténèbres mettait la riche note éclatante du soleil qu’il voyait. Une fois même, nous entendîmes tout d’un coup la cadence régulière d’un appel plaintif. C’étaient les pigeons qui commençaient à roucouler. (...) Ce mélancolique morceau exécuté par les pigeons était une sorte de chant du coq en mineur, qui ne s’élevait pas vers le ciel, ne montait pas verticalement, mais, régulier comme le braiment d’un âne, enveloppé de douceur, allait d’un pigeon à l’autre sur une même ligne horizontale, et jamais ne se redressait, ne changeait sa plainte latérale en ce joyeux appel qu’avaient poussé tant de fois l’allegro de l’introduction et le finale.

La Prisonnière de Marcel Proust
Les bourgeons commencent à grossir au bout des branches, et hier j’ai vu pour la première fois deux petits oiseaux, minuscules, que je n’avais jamais remarqués dans ces parages. Février passe comme dans un songe.
Il y a un grand fouillis autour de moi. A faire peur. Infernal. Que je prends un malin plaisir à aggraver. C’est un peu comme dans ce jeu où les tuiles s’empilent les unes sur les autres, de plus en plus vite. Malgré tout ce n’est pas étouffant... Ce désordre grandissant n’a d’égal que la joie que je me fais à l’idée de tout ranger. À le réduire en poussière. À fermer les livres, à trier les journaux, à classer les papiers, à ranger les petites boucles d’oreille deux par deux dans leur boîte pour éviter de mettre toujours les mêmes... ça va être bien ! Encore une semaine.

samedi 19 février 2011

Travaille! Tu t'amuseras après!

Ça me fait rire!
Voilà, je travaille, je suis sur mon ordinateur, j’écris une phrase, je la biffe, je compulse frénétiquement livres et dictionnaires, et mes notes, je réfléchis tout haut, je me relis, ajoute une virgule, et les heures passent, nombreuses. Je ne travaille pas en silence, je devrais, mais la radio est allumée, les émissions défilent, je n’y prête qu’une oreille distraite. Je suis concentrée et fière de l’être.
Salon de l'agriculture

Mais, bien sûr, la concentration se relâche de temps en temps et prend des chemins de traverse l’espace de quelques secondes. Me voilà boulevard Saint-Germain, en face de la maison d’Apollinaire. Je traverse la rue. Mais cela ne m’amène pas sur l’autre trottoir, parce que soudain je pense à Victor Hugo. L’envie de lire Les Misérables me taraude. Soudain j’imagine A. faisant des recherches à la BnF. Il doit être en train de travailler très dur, lui, le nez dans ses bouquins, il doit avoir une grande capacité de travail - j’aime cette expression une grande capacité de travail, c’est sûr, il n’est pas le genre à s’éparpiller, lui ! Ces pensées sonnent la fin de la récréation. Patatrac ! Arrivée au sommet du Parnasse, j’en dégringole, je reprends mes esprits, je me remets à la tâche, jusqu’à la prochaine distraction.

vendredi 18 février 2011

Demeurer à requoi

Portes de l'Enfer de Rodin
Parc Ueno - Tokyo
Je veux lire en trois jours l’Iliade d’Homère,
Et pour ce, Corydon, ferme bien l’huis sur moi.
Si rien me vient troubler, je t’assure ma foi
Tu sentiras combien pesante est ma colère

Je ne veux seulement que notre chambrière
Vienne faire mon lit, ton compagnon, ni toi,
Je veux trois jours entiers demeurer à requoi,
Pour folâtrer après une semaine entière. 

Pierre de Ronsard (extrait)
Les hasards du calendrier m’offrent un jour de plus que Ronsard, à rester l’huis bien fermé sur moi, mais malheureusement « folâtrer » n’est pas au programme. Mais quand même...
Il y avait hier dans Le Monde un dessin très amusant tiré du New Yorker dans lequel un roi, assis sur son trône, disait : Ce que j’apprécie le plus, c’est de pouvoir travailler chez moi. Son « ordinateur » se trouvait à ses pieds : un page  écrivait à la plume sur un parchemin.

jeudi 17 février 2011

Il était une fois... 3

Sur le chemin du retour de nos excursions dominicales, on s’arrêtait au port de Mohammedia d’où on ramenait d’énormes crabes pour notre repas du soir. Je me souviens du bruit qu’ils faisaient dans le coffre de la voiture. J’imaginais qu'ils voulaient percer la banquette arrière pour venir me pincer les fesses et se venger de trop les aimer !
On achetait aussi toutes sortes de crustacés, des moules, des crevettes, des coquilles Saint-Jacques et d’énormes poissons frétillants tout juste sortis des filets des pêcheurs. On les préparait au four avec des tomates et des pommes de terre ou en sauce tomate.
Je revois la petite halle ouverte sur la jetée, et les gens qui circulaient parmi les fruits de mer et les poissons dans un joyeux brouhaha.
Tsukiji, le marché aux poissons de Tokyo, est trop gigantesque et bruyant pour me rappeler celui de mon enfance. Celui de Eau tiède sous un point rouge de Shôhei Imamura, un film magnifique, m’y ramène à chaque fois.

mercredi 16 février 2011

Il était une fois... 2

L’hiver on délaissait la plage pour « la forêt ». Elle se trouvait à Camp Boulhaut (j’ai toujours cru que cela s’écrivait Camp Boulot), qui a repris aujourd’hui son nom de Ben Slimane.
C’était une magnifique forêt de chênes lièges à 60 km de Casablanca. Je me souviens du sous-bois et des bruyères. Je faisais de la balançoire.

Je ne me doutais pas que cet endroit portait le nom du Lieutenant Paul Boulhaut, mort en 1908 lors de la colonisation du Maroc.
Cet arbre semble sortir d’un film de Kiyoshi Kurosawa
Je me souviens aussi d’une vieille auberge qu’on appelait « la Cascade » (son vrai nom était le Panier Fleuri), où des paons se pavanaient sur la terrasse. On y dégustaient de délicieux méchouis.

Un visage étrange prisonnier d’un arbre
Un jour, nous pique-niquions en famille au bord d’un oued. Il s’était mis à pleuvoir. Nous nous étions réfugiés sous un petit pont.