lundi 21 mars 2011

Compter fleurette

Enfin ! Nous voilà sortis de l’hiver !
Le printemps s’annonçait au bout des branches des arbres du Jardin du Luxembourg, il y a 10 jours (déjà !).
Depuis toute petite j’ai la phobie des fleurs. Avec le temps elle s’est un peu atténuée mais je ne supporte toujours pas d’avoir des fleurs chez moi, de manger sur une table sur laquelle un vase est posé, et de prendre un bouquet de fleurs dans mes mains. Une peur me saisit comme si elles étaient carnivores ! Etrangement les roses sont exclues de cette peur panique ainsi que les fleurs des champs, poussant en liberté.
J’aimerais même me promener dans la campagne, bras dessus bras dessous sur des chemins creux avec un botaniste, l’équivalent d’un Joseph Banks, qui m’expliquerait en termes savants les merveilles de la nature. Ne voyez aucun propos libertins dans ce qui suit!
« Voyez-vous, chère amie, ceci est une Galanthus Nivalis, de Galanthus (fleur de lait) et Nivalis (des neiges), de la famille des Amaryllidacées qui poussent et fleurissent généralement en hiver. Son nom vernaculaire en Angleterre est Snow drop, et en France  Perce-Neige ou goutte de lait, clochette d'hiver, galanthine, galant d'hiver, galanthe des neiges. Regardez comme la fleur sort de sa spathe membraneuse... Ceci s’appelle un tépale, chez la Galenthus Nivalis ils sont libres et inégaux, obovales à oblongs, arrondis au sommet, et forment une cloche... » Oui, il parlerait comme une encyclopédie et, admirative, je boirais ses paroles... Il ferait encore un peu frais dans la campagne anglaise alors nous rentrerions vite prendre une tasse de thé réparatrice et, pourquoi pas, effeuiller la marguerite!
A part les narcisses ou jonquilles, je ne saurais nommer aucune fleur des champs. La honte !
Le retour du printemps me ramène à l’an dernier, à une promenade le long d’une petite rivière chantante dans la capitale du watercress !
Le printemps m’évoque des jours heureux, et aussi un cream tea pas piqué des hannetons !

dimanche 20 mars 2011

I wish I wish I wish

Petite route du Hampshire à la veille du printemps
Trop fatiguée hier pour me promener. J’avais envie de dormir. Je lorgne sans cesse mon lit. Et le West-End au soleil... Les rues fourmillantes... Je les aurais bien affrontés mais à mon corps défendant.
J’ai quand même dîné dans le quartier chinois, mais notre restau préféré est dans une petite rue off Leicester sq. Il suffit de se faufiler adroitement à travers la foule entre l’arrêt de bus et le restau et si on s’y prend bien on évite tous les désagréments possibles.
Ça fait un peu grizzli comme dirait Louis Bertignac, voire Yéti vu ma destination, mais quand on a comme moi en ce moment la patience aussi mince qu’un papier à cigarette, il vaut mieux naviguer dans un couloir capitonné et silencieux, même imaginaire, pare-choc entre soi et les joyeux fêtards du centre de Londres un samedi après-midi printanier.
Je n’en suis pas au point où il faudrait me reposer des jours et des jours pour reprendre goût à la vie, pour retrouver les bonnes sensations comme disent les sportifs. Heureusement !
Le soleil entre par ma fenêtre ouverte. J’entends les oiseaux pépier, chanter et croasser, surtout croasser, et comme j’aime les croassements... Quelqu’un parle fort dans la rue mais cela ne me gêne pas. J’ai l’impression d’être allongée sur une serviette de bain sur une plage. Je pique un petit somme. Au réveil je pense à des choses agréables... Je sens que j’ai retrouvé mon énergie et que j’ai remis les choses en perspective. Je regarde ma montre : je n’ai dormi que 5 minutes !

Et pendant ce temps, à Fukushima, l’électricité n’est pas encore rétablie. Et le tsunami a fait plus de 20 000 victimes. Et les survivants dépérissent. Et voilà que  la France est en guerre en Libye. 
Mais demain c’est le printemps. Et bientôt le nouveau film de Hirokazu Kore-eda, un de mes réalisateurs préférés, sort sur les écrans au Japon (et j’espère au London Film Festival en novembre). Dans la bande-annonce si prometteuse (ici) on voit Jo Odagiri et Hiroshi Abe... Ce film s’appelle Kiseki (I wish). Alors, je croise les doigts.

samedi 19 mars 2011

Hue cocotte!

Je préparais mon café. Mon croissant était au four. A mon réveil, mon premier geste avait été d’allumer la radio. On parlait de la Libye et des bombardements comme si le sort de Fukushima était désormais réglé. Quand il s’est posé sur la branche alors que je faisais un brin de vaisselle. Ce n’est pas la première fois. Ce n’est peut-être pas le même corbeau mais j’aimerais bien... A cette heure matinale, avec les petits insectes qu’il doit picorer sur l’arbre, j’étais la seule source de vie.
Maître corbeau a volé la vedette à cet élégant cheval photographié dans un haras mercredi dernier. C’est lui que je voulais mettre en haut de l'affiche.
Hier j’ai eu mal à la tête toute la journée. Cette nuit il a empiré. C’est extrêmement rare chez moi. Logique : un truc me « prend la tête » depuis 2 jours. Alors vite ! Pensons à de belles choses, comme à ce cheval, à la beauté de son environnement, à la nature tout autour, à l’apaisante journée de mercredi dernier.
Le ciel est très bleu et les températures sont plus clémentes qu’hier. Avant mon dîner chinois à Soho, je vais aller me promener dans St James’ park. La dernière fois remonte à novembre !
Peut-être pourrais-je y lire quelques pages de mon livre dont ce tableau (ici) orne la couverture. Auparavant je passerai le voir à la National Gallery. Besenval devait être bon cavalier.
J’en ai marre de me traîner comme un vieux canasson !

vendredi 18 mars 2011

Un plat qui se mange froid


On m'a offert hier de belles boucles d'oreille en argent représentant de petites et fines libéllules. Juliette Binoche porte une libéllule autour du cou dans Copie Conforme d'Abbas Kiarostami: une délicieuse conséquence de mon talk du 25 février dernier qui me semble si loin aujourd'hui... Où en sont ses projets de film au Japon? 

Les dessins et esquisses de Watteau à la Royal Academy. Les personnages paraissaient si vivants qu'on avait envie de les tenir dans la paume de sa main, comme King Kong avec l'exploratrice, ou comme quand Gulliver tient un Lilliputien dans la sienne. Je les imaginais gigoter dans ma main, avec leurs perruques et leurs beaux atours. 

Le manteau rose de la femme dans L'Enseigne de Gersaint, un tableau de 1721. Pour l'admirer "en vrai" il faudrait se rendre au Schloss Charlottenburg de Berlin.

« Cette esquisse appartint à Goethe autrefois »

Après cet intermède, cette Fête galante pour les yeux et l’esprit, je retrouve mon bureau. Il me ressemble de plus en plus. Je pense aller demander à la National Gallery une reproduction du portrait du Baron de Besenval par Danloux. C’est ma dernière coqueluche !

Le passage piéton de Shibuya au journal de 20h de France 2 que nous regardons en classe.

Un des sujets de l'examen oral porte sur le nucléaire, évidemment. Je dis aux étudiants de se tenir au courant des événements (leur oral est début mai). Je me demande ce qui se sera passé entre-temps. Je leur recommande d’acheter des journaux français en sachant que j’ai déjà raflé tous ceux que vendaient le kiosque en face de la fac.  

Plus tard, dans une autre classe, une étudiante semble découvrir les pronoms relatifs que nous avons vus et revus tout au long de l’année. De mes orteils à la racine de mes cheveux, j’ai senti que je me changeais en tigre sauvage prête à bondir... Je ne sais pas comment j’ai pu rester le plus calme possible pour expliquer, pour la  ******* de énième fois ces ***** de ****** de qui et de que et de quoi et de dont....

Et là je me suis dit « ma petite Agnès, si ce week-end tu ne te reposes pas, t’es morte. »

jeudi 17 mars 2011

Soit dit en passant


Je ne comprends pas l’engouement pour Jean Teulé : « Charlie IX, la Saint-Barthélemy, ça lui a éclaté la tête, il a pété un boulon, et c’est Marie de Médicis qui a buté son propre fils, un jour elle a vu que Charlie IX il était devenu con... » Ça m’horripile !

Dans les débats sur le nucléaire, je me range toujours du côté de l’expert calme et rassurant. Je le trouve toujours plus convaincant que le Cassandre avec qui il dialogue.

Dans le hall du cinéma où j’allais voir Norwegian Wood/La ballade de l’impossible, les vendeuses de tickets et de gros gâteaux nappés d’une appétissante crème rose, pour passer le temps en attendant les spectateurs, avaient mis à fond un disque de Lou Reed. Je l’ai écouté en attendant C. C’était très beau. Il n’y avait que moi dans le hall.

Avant le film nous avons dîné chinois et tous nos plats portaient le nom de Buddha dans leur intitulé. Quand reverrais-je celui du Zôjô-ji à Tokyo ?

Dans la voiture nous avons eu un fou rire déclanché par une chose très bête.

Une collègue m’a annoncé qu’elle était enceinte. J’ai été si heureuse pour elle que j’ai senti les larmes me monter aux yeux. Elle m’a dit « voilà ce qu’il faut faire pour disparaître d’ici » (ici = la fac). Elle rigolait, mais pas vraiment...

Il y a des gens qui me font l’effet de rouleaux compresseurs. Des gens qu’on a peur de se mettre à dos. Des gens que « moins on les voit mieux on se porte » comme dirait Jean Teulé. Je préfère dire comme Voltaire « sage mortel doit toujours se garder/De ces gens-là qui portent le tonnerre ». Mais en même temps je sais qu’il faudrait leur rabattre leur caquet et ne pas se laisser faire.

Beaucoup de choses me semblent irréelles, et je me demande si je ne suis pas en train de devenir comme le duc d’Orléans, le fils du Régent, dont le Baron de Besenval dit dans ses Mémoires qui ne voulait « plus croire qu’on mourût ». Il finit par ne plus croire aux naissances non plus. Il devenait totalement incrédule.

Le Baron de Besenval avait, rue de Grenelle, une somptueuse salle de bains en marbre qui intriguait le tout Paris de l’époque. Elle était si glaciale, que le premier qui y prit un bain  mourut d’un refroidissement.

Dans un podcast on passe une vieille chanson d’Elton John. Le bus arrive au milieu de Waterloo Bridge, j’ai sous les yeux la magnifique perspective des rives de la Tamise by night avec Big Ben et le London Eye d’un côté, Saint Paul et la City de l’autre, au moment où le refrain dit : « How wonderful life is while you’re in the world ». C’était un de ces instants suspendus, où tout était à l’unisson.

mercredi 16 mars 2011

Une forme peu olympique

Oui, ce n’est pas la forme olympique du tout. J’ai beau jeu de le dire aujourd’hui alors que je vais passer une journée fantastique à la campagne. Je compte justement sur cette escapade pour me permettre de reprendre du poil de la bête.
Je suis triste.
Je n’en reviens pas de ce qui se passe. Je repense aux endroits que j’ai visités. Je revois les rues où je suis passée. Je ne peux pas imaginer cet endroit contaminé par les radiations.
Je fais des rêves bizarres :
« Le labrador blanc était bicéphale. J’aimais caresser ses deux têtes. Un jour je m’aperçois que c’est en fait deux chiens attachés par un harnais ».
« L’autoroute débouche sur une vallée riante, un berceau de lumière, et dans cet écrin se trouve une ville avec une très haute tour. J’observe d’énormes hélicoptères, vraiment gigantesques, qui font un ballet au dessus de cette tour. Je me crois à Lyon et je dis que je devrais plus souvent visiter la France. »

mardi 15 mars 2011

Cranach et NOTRE temps

On circule dans la pénombre en essayant de ne pas se marcher sur les pieds, enfin, pas tout le monde a cette politesse. Seules les oeuvres sont éclairées et des grappes d’ombres s'agglutinent devant elles comme des papillons de nuit à la lampe d’un réverbère. Je pense au Voyage de Chihiro de Miyazaki.
Nous ressemblons à des fantômes, mais notre corps n’est malheureusement pas immatériel. Nous avons des pieds qu’on ratatine, des côtes qu’on chicote, des oreilles que l’on casse.
Certains étalent leur érudition et vu l’exiguïté des pièces, nous sommes obligés de subir leurs fadaises.
D’autres profitent de l’obscurité pour bousculer leurs semblables en toute impunité : ni vus ni connus. Ils jouent des coudes et, plantés devant un tableau, s’interrogent tout haut : « Mais où est le serpent ? ». Ils occupent tout l’espace, scrutent la toile, empêchant sans vergogne les autres visiteurs de la regarder « comme si leur père était vitrier » ! Quelqu’un finit par leur dire, d’un ton las,  que Cranach ne signait pas ses oeuvres comme cela à cette époque. Dépités, ils vont poursuivre leur enquête ailleurs où le même scénario se répète.
Un femme proteste à la cantonade que la notice en français est trop haute et qu’elle a mal au cou. Son mari s’offre de la lui lire : « Non merci ma puce » lui répond-elle. La lumière qui émane du tableau permet d’apercevoir la contrariété sur le visage de la puce en question, un petit bonhomme replet et grisonnant, qui semble sortir tout droit d’un roman de Balzac.
Il y a les balourds qui vous écrasent les pieds en reculant sans regarder derrière eux et qui,  quand vous osez protester, poussent un grand « ho ! » comme si cela était de votre faute de vous être trouvé sur leur chemin.
Devant un tableau représentant un couple mal assorti (un vieux barbon et une jeune fille) un homme fait rigoler son groupe d’amis en disant tout haut les pensées salaces que l’un et l’autre des personnages pensent tout bas. Impossible de se mettre hors de portée d’un tel ridicule, d’une telle vulgarité, et de ne pas entendre leurs rires gras qui l’accompagne.
Quand on émerge à la lumière de la boutique, la foire d’empoigne pour les cartes et les catalogues bat son plein. Il y a la queue pour les caisses mais le préposé est au téléphone avec une copine à qui il susurre qu’il est occupé. La conversation dure, il essaye de taper sur sa machine, de prendre votre billet, de vous rendre la monnaie d’une main, en regardant dans le vide. Même à la lumière votre état de fantôme ne semble pas s’être estompé.
Je me demande toujours comment de telles incivilités peuvent se dérouler dans un musée, devant des toiles d’une beauté à couper le souffle. Je pense toujours naïvement que les côtoyer aura un effet immédiat sur notre inhumanité, adoucira nos moeurs, nous troublera dans nos tréfonds en nous faisant voir la vie en beau comme dit Baudelaire.
Mais en même temps, il y avait les tableaux de Cranach, et même si c’était très difficile de se croire seule à seuls avec eux, ils surnageaient comme des étoiles brillantes au dessus de nos têtes.